Le marbre de l’amour

« Elle m’effleure d’une caresse du geste »

Casanova

Au hasard de mes pérégrinations dans la cité, j’ai découvert une sculpture dont la sauvage sensualité évapore les pluies et les neiges qui se précipitent, dévalent et glissent sur les corps nus de deux amants torsadés par l’amour. Leur couche est un podium sorti de terre, creusé par leur poids de statufiés. Comme si l’artiste n’avait pas voulu les remettre dans le trottoir, les pavés sont restés déchaussés, petits blocs dispersés tout autour du socle granitique surélevé. La femme est allongée sur le dos, le bras droit sous sa chevelure évasée. Son ventre tourne vers lui tandis que son sein pointe vers le ciel. Elle est heureuse, ivre des senteurs, murmures et souffles des ferveurs libertines. Son amant est appuyé sur le coude droit, la main posée sur l’avant-bras longiligne de sa compagne. La torsion des muscles d’albâtre du dos est assouplie par l’ardeur contenue. Continuer à lire

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Skipper

Ahoy ! Te voilà enfin Femme-pirate ! Culottes en cuir, chemise blanche bouffante, justaucorps à brandebourgs. Un perroquet sur l’épaule … Mais peut-être pas : ces volatiles sont adorables mais ils conchient partout, et laissent des traînées blanches puantes et ridicules sur les épaules des capitaines-pirates. Non. Pas de perroquet.

Une main posée sur la roue du gouvernail, tu fixes l’horizon d’un regard clair et franc, d’un regard expert. Les grains, tu les sens venir. C’est une sorte d’instinct, chez les gens de mer. Continuer à lire

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Rio, 8 décembre 2018

Je suis dans une favella de Rio de Janeiro : une minuscule enclave dans la montagne nommée Babilonia.

Trois voitures de police barrent l’accès aux improbables venelles qui escaladent à la verticale la montagne où se loge la favella, balisant la frontière de l’ordre et du désordre prétendu. Les agents surarmés et passablement nerveux tentent de me dissuader d’y pénétrer : « It is dangerous, very dangerous. You have to be accompagnied by a gunman ». Je ne les écoute pas. Continuer à lire

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Des slogans aux sanglots

Grisés de slogans aigris, galvanisés de cris gargarisés au gueulophone, les vigoureux grévistes ont gravi grues et gravats de l’avenue de ce gouvernement d’ingrats qui s’engraissent grâce eux. La grève gronde.

Gavés que vogue leur galère au gré des vagues d’évictions et d’avantages dégressifs, ils veulent vaincre l’ogre Goliath avec de vulgaires graviers. Faute de grives…  La grève dérive. L’heure est grave. Continuer à lire

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L’air de rien

O. Utop, un architecte bruxellois installé en Suisse alémanique, n’avait jamais de plan préconçu. Il dessinait, annotait, découpait ; il construisait des maquettes avec du carton et des couleurs. Personne ne sait comment l’idée d’un objet volant et habitable lui était venue.

En 1953, à l’âge de 28 ans, il réalisa une maison-ballon. Il lui ajouta un soufflet de forge actionné par les ailes battantes d’une vingtaine de cigognes. L’envol  fut immédiat. Utop salua la foule enthousiaste puis dirigea sa maison-ballon vers la forêt, zigzagant entre les sapins. Continuer à lire

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Grégorio

Eulalie et l’amour (roman par nouvelles) – 10ème épisode (lire les autres épisodes)

 

Tu n’as pas encore parlé de ta famille. C’est que tu préfères l’oublier, celle-là !

Objectivement, c’est rigoureusement logique : ta famille ne t’apporte que des ennuis. Des limites, des restrictions, des préceptes, mais aucun des avantages matériels auxquels tu penses, très logiquement, que ces préceptes rigoureux devraient être associés.

En un mot comme en cent : pas un rond ! Continuer à lire

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Cher Saint Nicolas

 

Micro

Bruxelles, le 7 décembre 2016FB

Cher Saint Nicolas,

 

C’est moi, Gaspard, qui t’écris encore.

C’est pas que je n’ai pas reçu tout ce que je t’avais demandé dans ma première lettre : tu m’as tout apporté, et même en plus des trucs que j’avais pas demandés.

Non, en fait, je voudrais me plaindre… du père fouettard. Car à l’école, quand t’es venu, ton père fouettard, il était pas noir. Il était blanc.

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Prochain domicile inconnu

 

Jamais, en emménageant ici il y a près de trois ans, je n’aurais imaginé qu’on tiendrait toute la durée du bail. On s’est installés sans réel coup de cœur. On s’est inscrits dans un énième transit. Bientôt, pourtant, il faudra se décider à quitter ce décor, à le recréer ailleurs.

Un canapé d’angle en tissu gris avec méridienne ; une petite table d’appoint vintage en manguier massif ; deux fauteuils club en similicuir marron ; une table basse design en bois laqué blanc ; garnissant presque tous les murs, dix étagères en bois clair (quelque cinq milles livres – littérature, géographie, voyages, histoire, art, sociologie, archéologie) ; une table à manger en chêne à six places, mais avec seulement une chaise (garnie de piles de livres et de papiers, la table fait office de bureau) ; Continuer à lire

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