Rio, 8 décembre 2018

Je suis dans une favella de Rio de Janeiro : une minuscule enclave dans la montagne nommée Babilonia.

Trois voitures de police barrent l’accès aux improbables venelles qui escaladent à la verticale la montagne où se loge la favella, balisant la frontière de l’ordre et du désordre prétendu. Les agents surarmés et passablement nerveux tentent de me dissuader d’y pénétrer : « It is dangerous, very dangerous. You have to be accompagnied by a gunman ». Je ne les écoute pas. Continuer à lire

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Des slogans aux sanglots

Grisés de slogans aigris, galvanisés de cris gargarisés au gueulophone, les vigoureux grévistes ont gravi grues et gravats de l’avenue de ce gouvernement d’ingrats qui s’engraissent grâce eux. La grève gronde.

Gavés que vogue leur galère au gré des vagues d’évictions et d’avantages dégressifs, ils veulent vaincre l’ogre Goliath avec de vulgaires graviers. Faute de grives…  La grève dérive. L’heure est grave. Continuer à lire

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L’air de rien

O. Utop, un architecte bruxellois installé en Suisse alémanique, n’avait jamais de plan préconçu. Il dessinait, annotait, découpait ; il construisait des maquettes avec du carton et des couleurs. Personne ne sait comment l’idée d’un objet volant et habitable lui était venue.

En 1953, à l’âge de 28 ans, il réalisa une maison-ballon. Il lui ajouta un soufflet de forge actionné par les ailes battantes d’une vingtaine de cigognes. L’envol  fut immédiat. Utop salua la foule enthousiaste puis dirigea sa maison-ballon vers la forêt, zigzagant entre les sapins. Continuer à lire

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Grégorio

Eulalie et l’amour (roman par nouvelles) – 10ème épisode (lire les autres épisodes)

 

Tu n’as pas encore parlé de ta famille. C’est que tu préfères l’oublier, celle-là !

Objectivement, c’est rigoureusement logique : ta famille ne t’apporte que des ennuis. Des limites, des restrictions, des préceptes, mais aucun des avantages matériels auxquels tu penses, très logiquement, que ces préceptes rigoureux devraient être associés.

En un mot comme en cent : pas un rond ! Continuer à lire

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Cher Saint Nicolas

 

Micro

Bruxelles, le 7 décembre 2016FB

Cher Saint Nicolas,

 

C’est moi, Gaspard, qui t’écris encore.

C’est pas que je n’ai pas reçu tout ce que je t’avais demandé dans ma première lettre : tu m’as tout apporté, et même en plus des trucs que j’avais pas demandés.

Non, en fait, je voudrais me plaindre… du père fouettard. Car à l’école, quand t’es venu, ton père fouettard, il était pas noir. Il était blanc.

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Prochain domicile inconnu

 

Jamais, en emménageant ici il y a près de trois ans, je n’aurais imaginé qu’on tiendrait toute la durée du bail. On s’est installés sans réel coup de cœur. On s’est inscrits dans un énième transit. Bientôt, pourtant, il faudra se décider à quitter ce décor, à le recréer ailleurs.

Un canapé d’angle en tissu gris avec méridienne ; une petite table d’appoint vintage en manguier massif ; deux fauteuils club en similicuir marron ; une table basse design en bois laqué blanc ; garnissant presque tous les murs, dix étagères en bois clair (quelque cinq milles livres – littérature, géographie, voyages, histoire, art, sociologie, archéologie) ; une table à manger en chêne à six places, mais avec seulement une chaise (garnie de piles de livres et de papiers, la table fait office de bureau) ; Continuer à lire

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Dernière chambre

Ça y est, j’y suis.

La chambre ouvre sur de vastes fenêtres, derrière le double vitrage, le parc, les bruits de la circulation, les oiseaux des grands arbres muets.

La chambre, ma chambre, est située au deuxième étage, jusqu’où les odeurs de cuisine grimpent encore.

Ça y est, j’y étais, on y serait tous un jour ou l’autre, au pied de ce matin où il faudrait se décider à ne pas rentrer chez soi le soir et à emménager un peu plus loin, dans la dernière chambre, où ça continuerait encore un peu. Continuer à lire

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Bref, on est allées chez Ikéa

Oui, je suis allée chez Ikea un samedi après-midi pluvieux.

Si vous voulez savoir comment je me suis retrouvée dans ce pétrin, sachez que ma sœur m’avait fait le chantage suivant : « Si tu veux avoir le droit de t’affaler dans mon nouveau canapé, tu vas devoir m’accompagner et donner un coup de main ». Comme dirait Mélanie : « Aller chez Ikea un samedi après-midi de pluie, c’est un peu comme tirer la boule noire à Koh-Lanta ». Certes, il y avait grand monde et grande cohue dans ce magasin, mais notre mission était assez plaisante car, pour ramener un canapé, il est obligatoire de TOUS les tester. On s’est donc affalées dans toutes sortes de fauteuils en regardant passer les badauds. Continuer à lire

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