Un boulot ! Bourreau !

J’ai un boulot !

Je n’y croyais plus et comptais rester chômeur toute ma vie. « Ton frère se débrouille comme cela », disait Maman, une femme de bon sens, qui se rend compte que mon diplôme en Philosophie Moderne, spécialisation Spinoza, ne sert pas à grand-chose dans ce monde de capitalistes. « C’est que, à côté de son indemnité de chômage, il fait des petits boulots en noir ». Elle n’osait pas ajouter que Spinoza ne sert pas à grand-chose pour réparer les plomberies.

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L’initiation au voyage

Je voudrais voyager dans un train de banlieue qui irait lentement jusqu’au bout du monde et même un peu au-delà. Un train qui laisserait derrière lui un panache de fumée et avancerait à du 30 à l’heure par vent arrière, un train qui s’arrêterait à chaque gare pour embarquer d’hypothétiques passagers, et même parfois en rase campagne pour ajuster à la main les aiguillages.

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L’homme qui la nuit ronflait

  • ClockIl m’empêche de dormir. Il ronfle toute la nuit.
  • Le mien aussi. Comme une baleine.
  • Le mien aussi mais par moments. C’est pire. Car quand il ne ronfle pas j’attends qu’il le fasse, je m’inquiète et de toute façon je ne dors pas.
  • On devrait les faire opérer.
  • Le mien ne veut pas car il a peur.
  • Les hommes sont des lâches. Il joue avec ta santé en t’empêchant de dormir. Divorce. Tu dormiras tranquillement. Divorce.
  • C’est ce que je vais faire, maintenant que la maison est payée.

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Profession : grèviste

ClockMicro

Arsène est gréviste aux Tramways bruxellois.

C’est un métier dur.

Il faut toujours être prêt à tout car il y a des grèves sauvages, spontanées, organisées, pacifiques. On ne sait jamais non plus comment cela va tourner.

C’est un métier mal payé car le syndicat qui entretient Arsène souffre de la crise provoquée par les capitalistes. Le gouvernement de droite, qui veut écraser le peuple, a en effet diminué sans concertation préalable les subsides alloués au fond des grévistes.

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Zinzin

FB

Je m’appelle Zinzin. Mieux vaut Zinzin que Zozo, dit mon oncle Henri qui est un rigolo mais qui en même temps, comme délégué syndical, défend les droits des travailleurs dans un supermarché de Marcinelle. Tout le monde dit Zinzin mais je m’appelle officiellement, sur les papiers de la commune, Emmanuel à cause de la tante Adolphine qui cultivait des préjugés de l’ancien temps. Nous ne voyons jamais plus cette tante que ma mère déteste. C’est une putain, dit-elle, qui promène son cul à Nice avec un cadre de chez Solvay, licencié avec un gros préavis, au lieu de passer ses vacances comme nous, en Thaïlande, dans un des villages de loisir des mutualités socialistes.

J’ai fait toutes mes études à l’Athénée Elio di Rupo à Châtelet (athénée déclaré, par un décret de la présidente Madame Arena, préparatoire à toutes les Hautes Ecoles, universités, para, pré et post-universités, écoles professionnelles et interprofessionnelles, aux centres wallons de recherches culinaires et à l’institut de Durbuy, subventionné par la communauté, et spécialisé en écologie de l’Océan Pacifique occidental).

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La rose d’Ispahan

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Il y avait une fois, dans une localité des monts Zagros, un homme vieillissant qui, après avoir toute sa vie vendu des figues et acheté des dattes, ne s’occupait plus que d’écrire l’histoire des anciens Mages car il estimait le passé moins périlleux que le présent.

Il vit un jour une femme venue d’Orient. Elle était aussi belle que la ville où elle était née : Ispahan, cette ville que les voyageurs estiment la plus belle de toutes celles d’Orient. L’homme, qui écrivait l’histoire des anciens Mages, d’abord la craignit car il savait la beauté plus dangereuse que les flèches de tous les guerriers. Mais malgré lui il lui semblait respirer les parfums d’Ispahan en manipulant les parchemins des anciens Mages.

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Le refus

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En vain Eve le pressa-t-elle et le cajola-t-elle. Toute jolie qu’elle fut, il refusa de manger une pomme. Car ce jour-là les poires lui plaisaient davantage. Il y a des jours comme cela…

L’esprit divin, dont nul ne sait avec précision s’il procéda du père et du fils ou uniquement du père, en fut scandalisé. Car toute loi n’est promulguée que pour être enfreinte et tout paradis terrestre, à l’instar d’un village de vacances, ne peut être que transitoire. Que faire aussi d’un fils désormais incapable de racheter un péché originel inexistant ? A quoi dépenser les trente deniers ? Que faire de la lance de Longin sinon la reléguer à la porte de Hal que personne ne visite jamais ? Soudain la Toute Puissance se rendit compte qu’elle dépendait, pour accomplir ses impénétrables desseins, des papilles gustatives d’un petit bonhomme. Car tout comme en démocratie la liberté n’avait été donnée à l’homme que pour ne pas l’exercer.

Cependant Adam passait l’éternité, dans un heureux ennui, à pratiquer des sports nautiques sur les quatre fleuves du paradis.

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