Le marbre de l’amour

« Elle m’effleure d’une caresse du geste »

Casanova

Au hasard de mes pérégrinations dans la cité, j’ai découvert une sculpture dont la sauvage sensualité évapore les pluies et les neiges qui se précipitent, dévalent et glissent sur les corps nus de deux amants torsadés par l’amour. Leur couche est un podium sorti de terre, creusé par leur poids de statufiés. Comme si l’artiste n’avait pas voulu les remettre dans le trottoir, les pavés sont restés déchaussés, petits blocs dispersés tout autour du socle granitique surélevé. La femme est allongée sur le dos, le bras droit sous sa chevelure évasée. Son ventre tourne vers lui tandis que son sein pointe vers le ciel. Elle est heureuse, ivre des senteurs, murmures et souffles des ferveurs libertines. Son amant est appuyé sur le coude droit, la main posée sur l’avant-bras longiligne de sa compagne. La torsion des muscles d’albâtre du dos est assouplie par l’ardeur contenue. Continuer à lire

filigrane filigrane

Dernière chambre

Ça y est, j’y suis.

La chambre ouvre sur de vastes fenêtres, derrière le double vitrage, le parc, les bruits de la circulation, les oiseaux des grands arbres muets.

La chambre, ma chambre, est située au deuxième étage, jusqu’où les odeurs de cuisine grimpent encore.

Ça y est, j’y étais, on y serait tous un jour ou l’autre, au pied de ce matin où il faudrait se décider à ne pas rentrer chez soi le soir et à emménager un peu plus loin, dans la dernière chambre, où ça continuerait encore un peu. Continuer à lire

filigrane filigrane

A l’aïoli

Disons-le tout de go: je suis de ceux à qui l’ail déplaît. Hortense est au contraire de celles que ce condiment ravit. Comme vous pouvez l’imaginer, elle aspirait à descendre à « L’aïoli », ce fameux restaurant dont la réputation flatteuse était due à sa singulière tradition de ne servir que des plats aillés. J’acceptai d’affronter l’épreuve et de renoncer exceptionnellement à mes réticences habituelles. Continuer à lire

filigrane filigrane

Beau Noël

Le réveillon de Noël, cette année, je le fête avec Papa. Enfin, « fêter », c’est une façon de parler.

Papa n’est pas du genre à faire la fête – pour ça, il devrait être capable de bonheur, de joie, et savoir rire à pleines dents . Papa, il garde toujours les dents serrées, et quand il les desserre pour faire un gros rire comme s’il se marrait, ça sonne faux. Continuer à lire

filigrane filigrane

La trahison de ma maîtresse

J’ai toujours détesté les scènes d’amour au cinéma, ces moments de calme inévitables qui ne servent que de contrepoint aux scènes d’action qui les encadrent et où un cow-boy de dos se courbe sur  le corps frêle mais pulpeux d’une blonde, laquelle regarde la caméra avant de fermer les yeux, feignant de défaillir niaisement dans un bonheur total. Je détestais ces scènes de mièvrerie jusqu’à ce que Fabienne entre dans ma vie. Et dans mon cœur. Il y a dix mois maintenant. Continuer à lire

filigrane filigrane