Le pique-nique

                                                                                                              C’est le printemps viens-t’en Pâquette

                                                                                                               Te promener au bois joli

                                                                                                                                  Guillaume APOLLINAIRE

« Oh comme le pré est joli !

Viens-t’en, viens-t’en, ô ma Biquette,

Gambader sur l’herbe fleurie :

Allons-y faire la cueillette ! »

 

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Péage

Quatre mini tranches de vie, captées dans une file à un péage sur la route des vacances…

——

– Non.

C’était le premier mot qu’elle prononçait depuis cinq cents kilomètres. C’était mieux que rien. Elle avait attendu qu’ils soient bloqués à ce péage pour le sortir. Comme quoi, cela pouvait avoir des vertus inattendues de rester coincés quarante minutes par trente-cinq degrés dans une voiture non climatisée…

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Traître luette …

FB

Il ronfle.

Micro

Elle râle.

Pourra-t-on un jour expliquer pourquoi la plupart des hommes se transforment en locomotives à vapeur passé 23 heures 30 ?

Physiologiquement, une question de luette qui vibre, paraît-il… Déjà, quel nom stupide pour un organe, même si, d’accord, estomac ou fémur, ce n’est pas mieux. Mais luette, tout de même… À une lettre près cela fait muette… Fallait oser…

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Ma rencontre avec le Pape

Clock

Dernièrement, lors d’un voyage d’affaires à Rome où je n’avais rien à faire, j’ai visité le Vatican à l’occasion d’une journée Portes Ouvertes.

Le hasard m’a fait arriver à l’heure du déjeuner à la table du pape François. Très gentiment, il m’invite à m’asseoir.

J’étais assez intimidé et je lance tout à trac un calembour aimable pour détendre l’atmosphère : « Même, dis-je, si on “Satan” à ces pompes et à ces œuvres, c’est un décor surprenant ! ».

Alors là, il me montre qu’il est chef, spirituel en diable, car il me répond du tac au tac : « C’est vrai, l’enfer ne vaut pas l’endroit… ».

À vrai dire, je me sentais un peu comme dans le négatif d’un combat de nègres dans un tunnel : serviettes blanches, service blanc (le service était vraiment divin), soutane blanche dernier Christ, nappe blanche, à tel point qu’il tâtonnait pour retrouver son cachet d’aspirine.

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Irrévérence

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« Ne descends pas du trottoir, tu entends, Jacques ! Marche devant si tu veux, puisque tu ne veux pas me donner la main, mais ne descends pas du trottoir, même si tu croises le Pape ! ».

A cette époque, les rues de Nice étaient déjà très encombrées et ma grand-mère ne manquait jamais, quand nous partions pour la plage, de préluder notre promenade par cet avertissement. Fier de mon indépendance, je marchais comme un homme, à vingt pas devant elle et j’espérais le jour où l’occasion me serait donnée de dire au Pape, en le voyant devant moi : « je ne descendrai pas du trottoir, ordre de ma grand-mère ! » Il ne m’apparaissait pas aberrant de rencontrer ce saint homme au détour d’une rue et je me délectais à imaginer la scène.

Or, voici qu’un jour, descendant le boulevard qui débouchait là-bas sur la promenade des Anglais, qui vois-je au loin venir à ma rencontre, escorté d’un nonce apostolique en chasuble violette ? Le Pape. Le Pape en personne.

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Vendredi treize

Clock

Ma maman m’a raté. Ou, plus précisément, elle a raté ma sortie.

Je m’explique.

Mon grand-père, Jean-Baptiste, est né un vendredi 13 de je ne sais plus quel mois en 1876. Et mon père, Charles, est né le vendredi 13 septembre 1901. Une tradition familiale prenait forme.

Conscient de l’enjeu, mon père, sans se soucier du fait qu’Hitler venait d’envahir l’Autriche et que Léon Blum démissionnait en France, entreprit consciencieusement d’ensemencer ma mère le 5 avril 1938, soit exactement 270 jours avant le prochain vendredi 13 du calendrier grégorien. Dans les bonnes familles, les événements se planifient.

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Zinzin

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Je m’appelle Zinzin. Mieux vaut Zinzin que Zozo, dit mon oncle Henri qui est un rigolo mais qui en même temps, comme délégué syndical, défend les droits des travailleurs dans un supermarché de Marcinelle. Tout le monde dit Zinzin mais je m’appelle officiellement, sur les papiers de la commune, Emmanuel à cause de la tante Adolphine qui cultivait des préjugés de l’ancien temps. Nous ne voyons jamais plus cette tante que ma mère déteste. C’est une putain, dit-elle, qui promène son cul à Nice avec un cadre de chez Solvay, licencié avec un gros préavis, au lieu de passer ses vacances comme nous, en Thaïlande, dans un des villages de loisir des mutualités socialistes.

J’ai fait toutes mes études à l’Athénée Elio di Rupo à Châtelet (athénée déclaré, par un décret de la présidente Madame Arena, préparatoire à toutes les Hautes Ecoles, universités, para, pré et post-universités, écoles professionnelles et interprofessionnelles, aux centres wallons de recherches culinaires et à l’institut de Durbuy, subventionné par la communauté, et spécialisé en écologie de l’Océan Pacifique occidental).

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