Dans la gueule du loup

Je la connais cette colère.

Nourrie des humiliations conjuguées au passé.

Nourrie des humiliations conjuguées au présent.

Ce poids qui écrase.

La rage qui progressivement s’infiltre.

Millimètre par millimètre.

L’appel de sens qui se fait cri.

 

Et les hommes-loups

A l’affût

Guettant leurs proies

Qui lentement s’éveillent à la haine.

 

Et les hommes-ordinaires

Qui alimentent

Arrosent

Maintiennent en vie ce germe de vengeance.

Petites craintes

Insignifiantes.

Une main qui se resserre

Sur un sac.

Des mots qui assassinent.

Des matraques un peu trop à droite.

Des yeux qui se baissent.

Une blague sur le fil du racisme devenu bourgeois.

Sortable.

De moyen goût tout au plus.

 

Je la connais cette colère.

Nourrie des humiliations conjuguées au passé.

Nourrie des humiliations conjuguées au présent.

Qui les envoient

Qui nous envoient

Tout droit dans la

Gueule du…

 

Je la connais cette colère

Qui grouille

Qui gronde

Face à la relativité

De la vie et des drames.

Qu’ils crèvent chez eux.

Entre eux.

Qu’ils ne dérangent pas

Nos consommations tranquilles.

A quel prix ?

Nous n’en voulons rien savoir.

La soif de liberté

De ceux qui se meurent à peine nous distrait.

On veut des murs.

Plus haut.

Avec des barbelés.

Electrifiés.

Des murs qui tuent

Ceux dont les espoirs nous rejoignent.

Des murs qui avivent

Les braises du ressentiment

De ceux qui croupissent

Ici et là-bas.

Spectateurs d’un monde

Pour qui ils ne comptent pas.

 

Je la connais cette colère.

Pulsion de vie

Qui est aussi de mort.

 

Chair à missile.

Chair à kalach.

Chair à bombe humaine.

Les mêmes lambeaux

Partout se trainent.

Chair à missile.

Inflammable pétrole.

Chair à kalach.

Le même sang.

Rouge grenat.

Epais.

Chair à bombe humaine.

 

Jacinthe Mazzocchetti

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