Grégorio

Eulalie et l’amour (roman par nouvelles) – 10ème épisode (lire les autres épisodes)

 

Tu n’as pas encore parlé de ta famille. C’est que tu préfères l’oublier, celle-là !

Objectivement, c’est rigoureusement logique : ta famille ne t’apporte que des ennuis. Des limites, des restrictions, des préceptes, mais aucun des avantages matériels auxquels tu penses, très logiquement, que ces préceptes rigoureux devraient être associés.

En un mot comme en cent : pas un rond !Les lecteurs aimeraient sans doute apprendre que tu portes en fait un titre de comtesse. Cela leur ferait plaisir ! Allez ! Un bon mouvement ! Crache le morceau ! Mais non. Tu te fais un prénom par toi-même, et on apprendra bien assez tôt la célébrité d’Eulalie à travers ses oeuvres remarquables – bien que pour l’instant, modestes -. Ta dernière représente un coucher de soleil sur la baie de Positano, dans laquelle tu as dû insérer, bien trop grand, le MENU du restaurant opportunément nommé « Positano ». Le patron est Carolorégien ; ses ancêtres viennent en revanche de la région de Milan, mais il a jugé que faire figurer la baie de Positano sur le mur du fond de sa pizzeria serait probablement plus évocateur que la maison communale de Charleroi. Sur ce point précis, tu ne peux pas lui donner tort.

Pour tout le reste, en tout cas, c’est un sinistre individu, un véritable cochon. La manière dont il t’a regardé peindre n’avait rien à voir avec Raphaël s’inspirant de Léonard, lors de la décoration de la Chapelle Sixtine (tiens, voici le type de commande qui t’intéresserait, d’ailleurs…). Cela ressemblait plus à la tête du loup dans les dessins animés de ton enfance, qui te faisaient rire, à l’époque. Si tu avais su…

Et chaque jour qui passe renforce la haine que tu lui portes. Passe encore qu’il ait rétribué tes oeuvres ridiculement bon marché, une fraction infime de la valeur qu’elles auront acquise après que tu seras morte dans la misère, incomprise et rejetée par le public ingrat. Passe encore qu’il ait – une fois ou l’autre – mis sa main adipeuse à ton fessier musclé par l’effort épuisant de la peinture à fresque (une discipline très physique!).

Mais surtout, il a sali ton nom (de famille!) de la manière la plus irréversible, de la manière la plus sournoise que tu aies pu imaginer. D’ailleurs, tu n’avais jamais pu imaginer une infamie pareille, c’est bien là le problème. Tu n’avais pas vu venir le coup !

C’était il y a deux mois, environ. Alors que tu peignais les petits personnages se baignant à la limite est de la plage de Positano – qui demandent un soin tout particulier, car ils sont tout petits et une erreur de perspective est vite arrivée -, il s’est approché avec son air matois et t’a annoncé qu’il t’avait inscrite à un concours provincial, à cause de tes grandes qualités esthétiques. Il a dit cela comme ça, parfaitement !

Le concours avait lieu deux semaines plus tard, dans une salle des fêtes assez glauque de la région de Charleroi, la région d’origine de ce proxénète en devenir.

Tu aurais dû te méfier ! Ton navigateur ne t’avait indiqué l’adresse qu’avec la plus extrême réticence, en t’ayant successivement proposé des alternatives en Croatie, à Paris et même à Kiev (c’est en Syldavie, crois-tu).

Tu étais arrivée à contre-coeur, tu avais poussé la porte avec crainte et dégoût, à peine rassurée par le fait qu’il s’agissait de la salle paroissiale de Jemeppes-sur-Sambre (les curés ont vendu leur âme au diable, c’est bien connu).

A l’intérieur, une ambiance de tripot. A priori, ce n’est pas un problème; en Wallonie, il y a beaucoup d’endroits comme cela. Les tables, très étroites et en bois grossier, sont disposées parallèlement, un peu comme à l’Oktoberfest à Munich. On sert surtout de la bière. L’espace d’un instant, tu imagines avec un réalisme effrayant une de tes fresques sur le grand mur face à la scène, mais tu chasses instantanément cette pensée obscène de ton esprit.

…n’empêche, l’Isola blu de Capri, sur ce mur…

Ton commanditaire t’a entraînée vers le fond de la salle et t’a présentée à la table des organisateurs – ou du jury, tu ne saurais dire -.  Il a débité en italien ce que tu crois être une petite tirade sur tes qualités esthétiques. Le président n’a pas l’air d’un esthète, en tout cas, pas d’un esthète comme tu te les représentes (fins, élégants, fine moustache, légèrement homosexuel, costumes de teinte claire, légèrement trop cintrés). On l’a dit, si tu avais plus d’imagination, tu aurais moins de problèmes ! Mais encore une fois, tu es une fille à l’esprit ouvert. Les peintres de l’école de Barbizon n’avaient rien de distingué, au fond, et c’étaient pourtant des génies. Pourquoi ce maître coiffeur de Jemeppe-sur-Sambre ne serait-il pas un artiste de talent ?

En tout cas, le Président du jury, pour sa part, semble absolument convaincu de tes qualités esthétiques. Il se lève, se saisit de ta main réticente, esquisse ce qui semble vouloir être un baisemain, il circonvole, il volute, il fumibole. Le tout grand jeu de Maître-coiffeur.

Il t’amène ensuite sur une estrade, où siègent déjà une demi-douzaine de créatures esthétiques…

A ce moment-là, tu as compris. Mais il est trop tard !

D’abord, il faut le dire, tu ne vouais pas encore à ton commanditaire la haine aux dimensions cosmiques que tu lui portes aujourd’hui. Il te paie, rappelons-le, et tu as besoin de cet argent, on l’a suffisamment répété.

D’autre part tu es une personne polie, bien élevée, et ton premier réflexe est de faire fonctionner la chose.

Et puis ensuite, tu avais un peu compris, mais pas tout compris. Souvent, tu dois le reconnaître, tu ne comprends pas tout, tout de suite.

Et puis, enfin, tout est allé très vite, comme lors de la décapitation de l’infortuné Louis XVI.  On te met sur la bascule, hop, tout coulisse, et schlak !, l’affaire est faite.  Eh bien, c’était exactement ça. A peine étais-tu sur l’estrade avec tes compagnes d’un soir que le Président du jury annonce d’une voix triomphante, dans le micro :

– Ce soir, nous avons l’insigne honneur de vous présenter la candidature de la comtesse XXX, de Soignies.

(Stupeur dans la salle)

– Mademoiselle Eulalie XXX est artiste peintre et son talent a été reconnu par tous, et notamment par M. Dannunzio, ici présent (sourire et légère rougeur de ton proxénète), qui ouvrira bientôt un restaurant italien de qualité à Ixelles proposant un menu soirée très intéressant à 45 Euros, sans les vins.

La référence à ton employeur est un peu déplacée, mais bon, nous sommes à Jemeppes-sur-Sambre, aussi.  Ces choses-là doivent se faire, ici.

On te pose ensuite quelques questions assez anodines sur tes ambitions, tes activités, auxquelles tu réponds de ton mieux, avec l’application et le charme innocent qu’on te prête (parfois à tort, soulignes-tu!).

  • Eulalie, ici présente, fait 89-61-92, soit des formes que n’auraient pas reniées Vénus en personne !

Il faut comprendre que tu n’as qu’une connaissance assez approximative de tes mesures exactes (celles-là, en tout cas), et que tu n’as pas réalisé immédiatement de quoi il s’agissait.  Par ailleurs, un rayon de lumière très aveuglant, une cascade de flashes de la presse t’ôtait une grande partie de tes moyens, de sorte que tu n’as été en mesure de prendre la seule mesure qui s’imposait : la fuite.

Puis, un personnage huileux – dont tu n’as gardé aucun souvenir –  est monté sur l’estrade et t’a glissé à l’oreille :

  • La jupe !
  • Je vous demande pardon ?
  • La jupe. Pourriez-vous retirer la jupe, s’il vous plait ?

A ce moment précis, c’en est trop. Tu pousses un cri étouffé, et sans rien ajouter, tu t’encours dans les coulisses.

Là c’est un autre combat pour trouver la sortie de secours, mais qui restera quant à lui inconnu du grand public. Les salles publiques sont bien équipées contre le feu, en Belgique, et tu trouves rapidement la porte d’évacuation, et la voie vers ton Opel corsa.

Tu n’auras donc pas pu assister à ton propre triomphe.  Le public a été séduit par ton ingénuité, ta retenue et, malgré tout, par ta spontanéité. Il est probable aussi qu’il ait été séduit par le roman d’une jeune aristocrate désargentée prête à tout pour survivre, et émoustillé par tes « qualités esthétiques », qui n’ont bien entendu pas été en reste. Tu as ainsi écrasé tes cinq concurrentes, et elles ne t’en veulent même pas ! Elles ont été, elles aussi, touchées par cette histoire triste et belle d’aristocrate déchue, dont on parle encore à ce jour dans les salons de coiffure de la région.

Bien sûr, il a fallu faire une exception. Strictement, il aurait fallu te voir en maillot de bain, de trois quart et de profil. Il en va ainsi pour toutes les Reines de Beauté du monde, de Bogota à Lougansk. Ainsi le veut le règlement. Néanmoins, il a été décidé que le jeu impitoyable des spots n’avait rien laissé ignorer du galbe parfait de tes jambes, de la tenue impeccable de ton ventre et de ta poitrine. Il fut décidé, à l’unanimité et avec l’appui enthousiaste de la presse provinciale, de faire une exception. Tu as été sacrée en absence Reine de Beauté du Hainaut Carolorégien.

Toi, tu n’en as rien su avant le surlendemain. Tu ne lis pas la presse du Hainaut occidental.

Ton père, si, par contre.  Il se fait un point d’honneur à rester connecté avec sa région. Les temps sont à présent lointains où l’on repassait les journaux avant de les apporter au Maître. Il va les chercher lui-même dans la boîte aux lettres, fixée maladroitement à la grille du château (rouillée, penser à la faire repeindre).

C’est donc lui qui a découvert :

« LA COMTESSE ROUGE RENIE SES ORIGINES »

« TENAILLEE PAR LA FAIM »

« LA LIBERTE MALGRE TOUT »

Rien de véritablement choquant dans les photos, pas de nudité explicite, heureusement. Peut-être pire, des formes esquissées, de la suggestion la plus vile

Et puis, surtout une photo du château, de son château. Jamais un membre de sa famille ne s’était avili, aucun n’avait jamais commis d’acte malhonnête, n’avait mérité l’opprobre public, depuis oh… combien de temps (il y avait bien sûr eu l’oncle Adolphe, et ses danseuses; mais c’étaient d’autres temps).  Et maintenant, ça

Mais qu’était-il donc passé par la tête de cette inconséquente jeune fille, qui n’avait pas voulu étudier, qui n’avait pas voulu danser (dans des cercles choisis avec des maris putatifs, s’entend…), qui menait une petite vie minable quelque part à Bruxelles. Bon. Disons une « vie de Bohême ».  Monsieur le comte n’en avait-il pas rêvé, à l’âge de sa fille ? Ne nourrissait-il pas une affection secrète pour sa tendre Eulalie ? D’accord.  Mais ça ne justifie pas « ELLE SE PROSTITUE POUR SURVIVRE ». N’a-t-elle jamais manqué de rien, cette péronnelle? Bien sûr, les temps ne sont plus où il pouvait payer des pensions royales à ses enfants. Les coupes de bois entretiennent à peine le château. Mais non, il faut qu’elle dilapide l’héritage familial, tout fait de courage, de service, d’héroïsme (en ce qui concerne en tout cas l’arrière-arrière grand-oncle Jean, mort au Congo dans des circonstances mystérieuses, mais effrayantes), dont elle n’est même pas consciente.  Comment lui, son père, a-t-il pu échouer comme cela dans ton éducation

C’est une très mauvaise journée pour ton père, et dont tu n’es même pas consciente

Tu ne te doutes encore de rien lorsque ta mère t’invite – que dire, t’enjoint ! – de rejoindre le château familial.

Tu ne l’as jamais dit à tes lecteurs mais oui, il y a un château familial. Il n’est ni beau, ni laid. Ni confortable, ni inconfortable. Ni près, ni loin de Bruxelles. D’un style néogothique mais pas trop, un peu entretenu mais pas trop. Il surplombe vaguement – car en Belgique, pays plat, on ne surplombe rien très nettement ! – un village qui l’a oublié depuis longtemps.

Ce n’est rien qu’une grande bâtisse inadaptée, mais pour tes parents, c’est le reflet de leur gloire passée et rêvée, c’est le Témoin qu’il faut passer aux générations futures, c’est la mission sacrée qui sert de fil à leur existence.

Ta mère s’y prend autrement :

  • Rappelle-toi ces étés merveilleux quand tu jouais dans le parc…

Pour toi, cette maison n’est que le souvenir du morne ennui de ton adolescence, un ennui sans fin, atone, éternel…

On pénètre dans le château par le Grand Hall, bien sûr, conçu à l’époque pour impressionner les fermiers, sans doute; froid par essence, plafonds hauts, hauts, hauts, sièges inconfortables de style renaissance. Au mur, bien sûr, des trophées de chasse. Mais on est en Belgique, hein? Pas de dix-corps, de douze-corps et ce genre de chose. On est près des villes, on chasse petit, ici !

Du Hall, on pénètre dans le grand salon, dont tu décriras une autre fois les charmes fanés. Parce que ce qui frappe d’emblée, c’est l’ambiance Cluedo. Toute la famille est rassemblée, figée comme sur un tableau. Ta mère fluette et éplorée, assise dans un fauteuil trop grand en serrant très fort les genoux. Ton père qui essaie d’être imposant – il n’y est jamais parvenu ! -. Ton morveux de petit frère – enfin, tu devrais dire maintenant : ton boutonneux petit frère -.  Deux ou trois oncles, pour faire masse et même – oh mon dieu – la tante Adèle.  Comment peut-on s’appeler Adèle ?!

On devine que, quelques secondes avant que tu n’arrives – là voilà! -, on a dû composer ce tableau touchant de dignité familiale outragée

Mise en scène sur la table du salon, la presse locale du Hainaut occidental, que tu as si imprudemment négligée. Silence pesant. Cela sent le désastre..

Il te faut une vingtaine de secondes d’un silence mortel pour que tu parcoures la revue de presse obligeamment disposée à titre de preuve. Pour toi, c’est évidemment un choc! Tu avais juste laissé les choses en plan, là, dans cette espèce de tripot improvisé.  Bien sûr, la chose était louche, les demoiselles sur l’estrade assez douteuses, et personne ne peut décemment te demander d’enlever ta jupe. Mais quand même ! Ça !

Tu as l’air sincèrement stupéfaite car vraiment, tu l’es ! Comment aurais tu pu te douter d’une absurdité pareille ? Et ça, précisément, ton air ahuri, cela déchaîne l’assaut. C’est l’insulte suprême. « En plus, tu fais semblant d’être surprise ! »

Ca tire de partout. Gros calibre des oncles. Mitraille de la tante Adèle. Ironie fine du petit frère. Geignements douloureux de ta mère, qui prend des airs de mater dolorosa. On dirait les musiciens de Brême ! Ca dure une dizaine de minutes, sans que tu aies le temps de concevoir, ni de présenter un système de défense cohérent. On ne te demande rien de précis, d’ailleurs, pas de détails surtout. C’est le jugement de Ceaucescu ! Tu apprends que ton père a tenté de racheter les éditions dans toutes les librairies de la région – mais que faire des abonnements?

Cela tient du train fantôme, du tribunal de l’inquisition, de l’examen de récitation, du permis de conduire (épreuve pratique) et de toutes sortes de situations moins confortables encore.

C’est vrai, quoi, tes lecteurs le savent bien ! Tu ne veux de mal à personne, tu désires autour de toi le bonheur et la concorde. Tu es un peu active, très économe, et promise à un grand destin artistique. Tu ne veux certainement pas ruiner activement le prestige de ta famille, tu n’y as même jamais pensé !  Mais comment expliquer la duplicité égrillarde de l’ignoble facteur de pizza ? Et, pire encore, comment  justifier ton incroyable naïveté ?

Alors, tu exécutes la seule parade raisonnable que peut trouver une jeune fille en détresse : tu fonds en larme.   C’est tout simple, ça marche depuis l’âge des cavernes.

Puis, vient le moment des sanctions. Déshéritée ! Ostracisée ! Reniée !

Ta tante Adèle est plus subtile, et d’une inventivité proprement diabolique : il existe en Suisse, explique-t-elle d’une voix qu’elle veut raisonnable et apaisante, dans une vallée reculée, une pension d’un type particulier, où les jeunes filles de bonne famille peuvent apprendre tout ce qui est nécessaire pour les préparer à leur vie future, leur vie de MERE DE FAMILLE. Le grand air, la pratique du sport, la proximité avec tant d’autres jeunes filles saines et sportives, bronzées au grand air des montagnes, ne pourra te faire que du bien. Oh, à côté des disciplines pratiques nécessaires à la tenue du ménage, les aspects intellectuels ne sont certes pas oubliés : des cours d’histoire de l’art passionnants donnés par des professeurs de Zurich, des cours d’allemand…  Bien sûr, ce n’est pas gratuit, et tu devrais être reconnaissante de ce que ta famille fera pour toi, malgré…  tout ça…

Celui qui a l’air vraiment content, c’est ton infect petit frère. Morveux ! Les oncles oscillent bizarrement entre la compassion et l’hilarité. Ta mère affiche son air éternel et invariable de douleur maternelle. Ton père a l’air sincèrement embêté, sans que tu saches à cet instant s’il s’agit de sympathie pour ton destin funeste, ou du prix qu’il devra payer… Ton infecte tante Adèle triomphe, bien sûr. Qu’elle pourrisse en enfer !

On t’enverra en Suisse, que tu le veuilles ou non.  Sous sédatifs si nécessaire. Tu ne quitteras pas ce salon sans avoir donné ton consentement, signé.

La suite de tes aventures, qui mèneront à la destruction complète et irrémédiable d’une partie d’une vallée de l’Alpenthal, de l’intervention de l’ONU et d’une escalade nucléaire, feront l’objet d’un autre chapitre de tes aventures.

Mais avant d’abdiquer ta liberté et de partir vers des destins sinistres, il te reste une chose à accomplir.

L’ignoble Dannunzio : il t’a laissé la clé du chantier…

Alors, avant ton avion pour Zurich, qui part dans 72 heures, et profitant du congé du 15 août, au cours duquel cet ignoble tartuffe doit certainement avoir autre chose à faire, tu vas transformer la plage de Positano en enfer de Dante (les cinquième, sixième et septième cercles…). On reconnaît très bien le petit personnage dans la gueule du Diable.

Tu as bien transpiré, cela t’a coûté une petite fortune en peintures et matériaux, mais tu veux bien être transformée en Epouse Modèle si  aucun client n’ose jamais s’asseoir dans son restaurant !!

***

Tu acquiers, dans un décor alpin, des compétences tout à fait utiles en ce qui concerne la gestion du personnel domestique, et la confection du birchermüesli. Vous avez visité le musée de Zurich.

Ton père a dû vendre encore dix hectares. Ton petit frère n’a aucune idée de ce que cela signifie.

Gregorio Dannunzio fait d’excellentes affaires. Son menu artistique à 45 Euros, au rapport qualité prix très étudié, fait merveille. Mais les clients se pressent surtout pour admirer la fresque la plus provoquante, la plus étonnante peinte à Bruxelles ces dernières années. Certains galeristes ont déjà haussé un sourcil.   L’aubergiste donne volontiers le nom de l’artiste qu’il a eu le flair de dénicher, mais ne connaît malheureusement rien de sa situation actuelle.

Tante Adèle va bien.

Lambert Despiennes

Lire les autres épisodes de ce roman par nouvelles
© Ce texte, comme l’entièreté de site, est protégé par le droit d’auteurs.
filigrane filigrane