L’anniversaire mondialisé

Chaque jour, c’est l’anniversaire de quelqu’un… Que dis-je ? C’est l’anniversaire de plein de gens. Faites un rapide calcul : plus de 7 milliards d’individus sur terre, seulement 365 jours dans l’année. Chaque jour est l’anniversaire d’environ 20 millions de personnes dans le monde… C’est une moyenne, bien sûr, mais tout de même, ça se fête : 20 millions d’années de plus en un seul jour !

Bon, eh bien, alors : Joyeux Anniversaire ! à tous autant que vous êtes de par le monde, chers Vingt Millions… Vous permettez que je vous appelle par votre nombre ? Vingt-millions, c’est mignon. Je ne connais pas encore tous les prénoms, pardonnez-moi. Et quand bien même je les saurais tous, si je commençais à les énumérer un par un, en n’oubliant personne (la gaffe !), je n’aurais pas fini avant demain… Et demain, figurez-vous, j’ai encore un anniversaire à souhaiter. Il faudrait d’ailleurs que vous me disiez combien vous êtes exactement à être nés le même jour, ce qui me permettrait de personnaliser un tant soit peu mes souhaits. Un jour ce serait : « Bon anniversaire, dix-neuf millions six cent douze mille sept-cent huit ! » Et le lendemain : « Alors ? Vingt-deux millions quatre cent cinquante trois mille six-cent neuf, qu’est-ce que ça fait, une année de plus dans la besace ? » Et le surlendemain : « Dis-donc ? Dix-huit millions sept cent un mille deux cent trente quatre, il me semble bien qu’aujourd’hui, comme qui dirait, c’est le moment de relever le compteur ! » Et le sur-surlendemain… Mais n’anticipons pas, à chaque jour suffit sa joie !…  Revenons à vous, Vingt Millions, qui entrez aujourd’hui dans votre tantième année  (je ne me permettrais pas de révéler vos âges ici). Je ne vous ai pas acheté de cadeau, je ne savais pas trop ce qui plairait à tout le monde… Vous me direz, des fleurs, ça fait toujours plaisir, mais mon petit fleuriste, en bas de chez moi, ne livre par exemple ni le Groenland, ni la province de Xinjiang en Chine, ni la Patagonie. Imaginez un instant que le Patagon, le Groenlandais ou le Chinois du Xinjiang apprennent (aujourd’hui, tout se sait) que des habitants de Montreuil-sur-Marne ou de la Garenne-Colombe, nés le même jour qu’eux, ont reçu leur bouquet et pas eux… Je n’ose même pas l’imaginer. La solution, pensez-y pour l’année prochaine, serait de vous réunir tous pour fêter ça, dans un lieu adéquat, ce qui me permettrait d’apporter un gros bouquet pour tout le monde. Il doit bien y avoir quelque part un endroit à louer pour 20 millions de personnes et leurs invités ? On m’a parlé de la Sibérie, du Sahara ou même du Pôle Sud, je crois. Depuis que ça fond, il y a des plages qui se libèrent… Il y a la Lune aussi, bien sûr, et là, pas besoin de prévenir les voisins qu’on va faire un peu de bruit dans la soirée. Mais le lieu est désaffecté depuis longtemps, il faut tout remettre en état, enlever la poussière, sans parler du plan d’accès… Enfin, c’est pas moi qui organise : je lance une idée en l’air, vous en faites ce que vous voulez. En attendant, pour ne pas faire de jaloux, je vais vous chanter une chanson :

Joyeux anniversaire,

Mes vœux les plus sincères,

Joyeux anniversaire, vingt-millions…

Joyeux an-ni-ver-saire !

 

C’est tout l’effet que ça vous fait ? Habituellement, ce simple couplet provoque une joie bon enfant, une volée d’applaudissements ou des hululements de frénésie festive…  Hululement n’est peut-être pas le terme approprié, le hibou n’étant pas connu pour son caractère festif, mais dans mon esprit, ça veut dire : chouette, on va faire la fête !… Mais peut-être, Vingt Millions,  auriez-vous souhaité quelque chose de plus confidentiel ?… Je comprends ! Vous cachez votre joie derrière un silence pudique, vous n’êtes pas d’un caractère expansif, la corde de l’émotion vibre profond en vous, loin des cymbales éblouissantes et des projecteurs assourdissants (ou le contraire, mais c’est beaucoup plus convenu)… Un dîner aux chandelles ? N’y songez pas, je fais maigre en ce moment… Enfin, vous ne pourrez pas me reprocher d’avoir oublié votre anniversaire, Vingt Millions. Depuis que je suis connecté et citoyen du monde, ça me taraude journellement et même la nuit, à cause des fuseaux horaires…  Maintenant, j’ai ma conscience planétaire tranquille !

François Mougenot

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