Le compliment d’anniversaire

De toutes les choses non nécessaires, le compliment est assurément la plus indispensable.

Mark Twain disait qu’avec un compliment, il pouvait vivre deux mois.

L’anniversaire est un de ces moments où le compliment s’impose. Le jubilaire a beau dire qu’il ne tient pas à être célébré, il n’aime pas qu’on l’oublie en cette circonstance.

La difficulté est que le compliment doit s’adapter à l’âge du récipiendaire.

S’il est évidemment à la portée de tous de dire au jubilaire qu’il ne fait pas son âge, l’intéressé a le droit d’entendre de nous plus et mieux.

Il n’est d’ailleurs guère besoin d’évoquer son âge : nous connaissons tous bien des anniversaires où l’âge du (et surtout de la) jubilaire reste un secret bien gardé.

On dit d’ailleurs que le mari idéal est celui qui, oubliant l’âge de sa femme, n’oublie jamais son anniversaire.

Il n’empêche que la nécessité d’un compliment d’anniversaire s’accroît avec les années. A partir de la quarantaine, ce n’est plus un luxe superflu. Avant cet âge, on a besoin d’être fêté. C’est après que l’on aspire à un complément : celui du compliment !

Il peut être de bon ton de dire à une femme de 40 ans : « L’Académie féminine a ceci de commun avec l’Académie française que c’est dans la quarantaine qu’elle trouve sa plénitude » ou bien qu’ « avec elle, la quarantaine ne sera jamais synonyme d’isolement ! ».

Quant à l’homme de 50 ans, l’on peut, au gré des circonstances, lui parler de « cahin-cahagénaire » (dont il n’est pas !), de « coquin-quagénaire » (de préférence, s’il est célibataire) ou de « requin-quagénaire » (soyez quand même prudents avec les hommes d’affaires), tout en s’empressant de préciser qu’en l’espèce, il est un de ceux que la cinquantaine « requinque » et « régénère ».

On constatera également qu’au-delà d’un certain âge, les hommes mettent plus de coquetterie à l’exagérer qu’à le cacher. Ils sont fiers de montrer que, malgré leur grand âge, ils ont l’air robustes, sains et bien conservés.

Méfions-nous néanmoins des compliments sur l’absence de rides. Le lifting s’insinue partout sous les formes les plus diverses, au point qu’on a pu dire que c’est à l’absence totale de rides qu’on reconnaîtra bientôt la vieillesse !

Un compliment sur la jeunesse de cœur ou d’esprit sera toujours plus prudent : ce sont là des qualités qui ne se liftent guère.

Les compliments les mieux venus sont forcément les plus sincères : cela se sent toujours ! Je me souviens de m’être fendu d’un petit speech en l’honneur d’une dame dont je croyais célébrer la cinquantaine. Or j’ignorais qu’elle fêtait ses 60 ans ! J’avais donc tout faux, sauf le bonheur que j’avais malgré moi procuré : j’avais été sincère et on a vu que je l’étais !

Enfin, il n’est jamais mal venu de dire au jubilaire, quel que soit son âge « avancé » : vous êtes de ceux qui mourront jeunes, mais très tard !

 

Hippolyte Wouters

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