« Le » jour des femmes

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Tous les ans, le 8 mars, c’est la même chose….

Que se passe-t-il le 8 mars ? Si vous donnez votre langue au chat, a priori, c’est que vous êtes un homme. Si vous êtes une femme, vous êtes impardonnable : c’est la journée internationale des femmes.

Et quoi ? Cela veut dire que les 364 autres jours de l’année sont les jours de l’homme ?

Réaction primaire, assurément primaire. Mais de bon sens !


Enfin, 363 jours, car, il faut logiquement retirer le 20 novembre qui est officiellement la « journée internationale du souvenir trans » (transgenre, au cas où vous ne l’auriez pas compris).

Donc, cela fait 363 jours pour les hommes et un pour les femmes. C’est intolérable ! Quelle discrimination ! En instaurant une (et une seule) journée de la femme, on a créé une inégalité patente, et ce alors même que l’objectif de cette journée est précisément de dénoncer et lutter contre les inégalités hommes/femmes ! Voilà un paradoxe qui n’échappera à personne et auquel il conviendrait de mettre fin au plus vite.

Mais comment ?

Il y a plusieurs solutions.

La première est de partager équitablement les jours : 182 pour les femmes, 182 pour les hommes et un pour les trans (ce n’est pas très juste pour les trans, j’en conviens, mais bon…). Plus une répartition en alternance du jour complémentaire des années bissextiles pour respecter la parité, cela va de soi.

Mais cette méthode pose un problème de taille : où placer toutes les autres journées internationales d’ores et déjà reconnues, telles que la journée internationale de la plomberie le 11 mars, de la procrastination le 25 mars (et pas le 26 même si la procrastination consiste à remettre au lendemain ce qui peut être fait le jour même), de la photographie au sténopé (procédé bien connu, qui méritait donc amplement une journée mondiale) le 24 avril, du pied le 18 mai, du tricot le 11 juin, du parler pirate le 19 septembre (capital, mille sabords ! ) ou encore du lavage de mains le 15 octobre ? Nous conviendrons tous qu’il n’est pas pensable, même au nom d’un principe aussi important que l’égalité hommes – femmes, de les supprimer tant leur utilité est évidente.

Ne faudrait-il dès lors pas plutôt, et c’est la deuxième solution, supprimer la journée de la femme ? Mais ne serait-ce pas considérer comme acquis la suppression des inégalités pourtant encore existantes dans la société, le monde du travail ou le couple ? N’est-il pas utile qu’on nous les rappelle, dans tous les médias, une fois par an ?

Car on ne peut douter de l’efficacité de la mesure : le patron qui ne donne pas à ses ouvrières un salaire égal pour un travail égal et qui se l’entend dire au journal radiophonique du matin pendant qu’il se rase ne manquera certes pas d’augmenter illico celles-ci. Le mari, assis dans son fauteuil pendant que sa femme fait la vaisselle après avoir, dès qu’elle est rentrée du boulot, donné le bain aux enfants et préparé le repas, ne manquera pas, après avoir lu en gros titre dans son journal que l’égalité passe aussi par un partage des tâches domestiques , de lui proposer de repasser la montagne de linge qui se trouve dans la manne à ses pieds. Non, on ne peut priver ainsi injustement les femmes de cette journée bénie où leurs maris se transforment en fées du logis !

Mais que faire, alors ? C’est simple : instaurer une journée de l’homme. Je n’ai pas la maternité (si je puis dire) de cette idée : certains y ont pensé avant moi. Une telle journée existerait même déjà : ce serait le 19 novembre. Mais, étrangement, elle ne fait l’objet d’aucun battage médiatique, contrairement à son homologue féminin. En voilà une discrimination ! Pourquoi les hommes n’ont-ils pas réellement droit à un jour où on les chouchoute, on les cajole, où les femmes changent les pneus de la voiture, réparent le lave-vaisselle, attaquent le mur à la foreuse ?

Promouvoir cette journée-là aurait autant d’utilité que la journée de la femme, car finalement, l’équilibre entre les sexes n’est-il pas aussi souvent rompu au détriment des hommes ? En effet, qui décide aujourd’hui ? Les hommes ? Dans les sphères du pouvoir et de l’entreprise, peut-être ; mais à la maison, quel homme oserait prétendre qu’il gouverne ? L’intimité n’est-elle pas soumise au pouvoir des femmes ? Ne sont-elles pas les despotes très éclairées des chaumières ? Les femmes n’ont-elles pas aujourd’hui reçu, dans nos contrées en tous cas, le pouvoir de décider des choses intimes, tantôt dans les faits, tantôt avec l’active complicité de la loi ? Un exemple parmi d’autres : elles maîtrisent désormais quasi de bout en bout la procréation. Elles décident seules d’avoir ou non des enfants : elles n’ont nul besoin du consentement de l’homme pour la contraception ou l’avortement. Elles peuvent aisément « faire un enfant toute seule » (comme le claironnait en son temps un chanteur à la mode) avec l’aide de la science et d’un tiers donneur, voire, plus simplement, d’un amical donneur auquel elles peuvent prendre une part de lui-même sans rien dire ; une part qui, en d’autres circonstances constituerait, ou constituera, si elles le décident, une paternité… Sans parler, en amont, du pouvoir finalement féminin aujourd’hui d’entrouvrir ou non la porte de la sexualité, que ce soit hors mais aussi au sein même de l’alcôve conjugale ou para-conjugale ; car, et l’affaire DSK y aura peut-être un peu contribué, les hommes doivent aujourd’hui être d’une prudence de sioux avant d’oser franchir le Rubicon, tant le risque d’une plainte pour harcèlement sexuel ou absence de consentement à la relation leur pend au nez en permanence …

Propos sacrilèges sous la plume d’une femme, me direz-vous. Oh, vile traîtresse de la cause féminine qui ose penser, et plus encore écrire, que l’homme n’est pas un mâle éperdument dominateur et qu’il puisse, en tous cas, mériter qu’on lui consacre officiellement une journée par an !

Mais que les héroïnes de ce jour se rassurent : c’était « pour rire ».

Tant il est vrai que la femme qui se veut l’égale de l’homme manque en fait d’ambition.

Jehanne Sosson

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