Le lendemain de la veille

Certes, je l’avais rencontré sur internet. Sur un site conçu pour ça.

Evidemment, je m’étais méfiée. Je sais comment ça marche. J’ai de l’expérience en la matière. Malheureusement.

Il m’avait invitée au restaurant. Pour notre première rencontre. Le jour de la Saint-Valentin, en plus.

J’étais prudente. Et même dubitative.

Etonnamment, il avait l’air normal. Presqu’aussi grand que sur la photo. Rare.

Presqu’aussi beau. Très rare.

Presqu’aussi jeune et sympathique qu’il l’annonçait. Rarissime.

J’aurais dû me méfier.

Aucune tare apparente. Etonnant.

Ni bégaiement, ni cheveux gras, ni réminiscences d’acné juvénile. Appréciable.

Pas de trace d’alliance retirée. Exceptionnel dans ce contexte.

Conversation intéressante. Incroyable.

Et même de l’humour. Prodigieux.

Une réelle finesse dans le langage et la pensée. Saisissant.

J’aurais dû m’inquiéter.

Il ne m’a même pas proposé de coucher le premier soir ; c’est moi qui ai demandé. Unique (enfin presque…).

On a été chez moi.

Il ne m’a pas plaquée contre le mur de l’entrée. Incroyable.

Il n’a pas collé ses lèvres aux miennes comme une pieuvre. Prodigieux.

Il ne m’a pas d’emblée imposé son appendice lingual ; c’est moi qui l’ai cherché. Splendide.

Il s’est déshabillé sans précipitation. Extraordinaire.

Il m’a effeuillée tout en douceur, à un rythme parfait, celui qui fait monter le désir. Sublime.

Il a soigné les préliminaires. Merveilleux.

Il a humé mes cheveux. Céleste.

Il a effleuré ma peau doucement, juste comme j’aime. Miraculeux.

Il a laissé mes doigts le découvrir. Magnifique.

Il a délicatement embrassé mes seins. Féérique.

Il a subtilement porté sa bouche vers le Sud sans rien réclamer en retour. Sublime.

Là, je n’étais plus en état de me méfier…

 

C’est quelques instants plus tard, au moment fatal, que j’ai compris.

Un sentiment étrange. Une sensation inhabituelle. Inconnue, même. Un je ne sais quoi.

Quand j’ai réalisé, c’était trop tard.

 

C’est officiel. Hier j’ai couché avec une ex-femme.

Pour la première fois de ma vie.

Et la dernière.

Quoique…

Jehanne Sosson

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