Les évènements de Rome

Savez-vous qu’à Rome, il vient de se passer quelque chose dont personne n’a parlé, ni dans les médias, ni sur les réseaux sociaux? Voici donc en primeur pour vous le récit des événements qui eurent lieu avant les fêtes de Pâques dans cette grande cité italienne. Les préparatifs de la toute proche fête étaient déjà bien avancés. Les tonnes d’œufs qui devaient être distribués commençaient à s’entasser dans les hangars réservés à cet effet à la périphérie de la ville. De toutes les tailles, de toutes les matières comestibles et de toutes les couleurs, ils étaient là. Fragiles et solides à la fois. En chocolat, en sucre ou en nougatine, les œufs formaient des pyramides instables qui n’attendaient que leurs transporteurs pour être livrés.

Les gardiens des entrepôts avaient l’habitude de voir arriver les livreurs le samedi après-midi avant Pâques. Toute une logistique bien rodée était en place depuis des années. Années pendant lesquelles  les cloches avaient été les seules à se présenter au quai d’embarquement pour charger les œufs dans leur flanc avant d’aller les livrer à tire d’aile. Mais avec la mondialisation, la concurrence s’était organisée. Les lapins suisses et autrichiens ont commencé à occuper de plus en plus de terrain. Puis la rivalité c’est organisée avec les coqs bavarois, les poules tyroliennes ou les renards germaniques, auxquels se sont ajoutés les lièvres américains, quelques cigognes et autres coucous free lance. Aucun d’entre eux n’était vraiment professionnel. Aucun n’avait sa carte de transporteur officiel d’œufs de Pâques, mais tous estimaient avoir droit à leur part de gâteau et voulaient se mettre au service des enfants qui passeraient la matinée de Pâques à chercher les œufs dans les bois et les jardins. Les livreurs allaient parcourir la planète dans tous les sens, sous terre ou dans les airs, en volant ou en creusant des galeries, depuis les multiples jardins privés jusqu’aux pelouses de la Maison-Blanche. Bien que nombre d’entre eux rêvaient d’aller vers les jardins des palais de Saint-Pétersbourg, ils n’en avaient pas le droit. Chasse gardée par des œufs non comestibles, des œufs bijoux, faits de métaux et de pierres précieuses, fabriqués spécialement pour être offerts comme preuves d’amour par les Tsars à leurs Tsarines…

Cette année les cloches étaient particulièrement remontées contre les lièvres. Elles s’étaient organisées en syndicat et voulaient empêcher l’accès aux entrepôts d’œufs à ceux qu’elles considéraient comme des empêcheurs de voler en rond, les accusant de vouloir « démagicaliser » la tradition. « Non à la démagicalisation » scandaient-elles, portant bien haut leurs pancartes où ce mot était écrit en rouge. Les lièvres, tout aussi organisés, voulant étouffer le conflit dans l’œuf, proposèrent une réunion face aux entrepôts pour expliquer le point de vue.

La réunion commença par un assourdissant concert de cloches. Les lièvres, pour leur répondre, se mirent à taper du pied. Une cacophonie insupportable en résulta et fit sortir les gardiens des entrepôts. Sous l’effet des vibrations, les œufs empilés dans les hangars avaient commencé à s’écrouler, provoquant un début de tremblement de terre qui paralysa tout le monde. La tension était à son comble, lorsqu’un jeune lapin prit la parole et entama un discours sur l’importance de l’économie collaborative.  S’ils ne voulaient pas tout perdre, et s’ils voulaient inonder la planète à temps, tous étaient obligés de partager aussi bien les ressources que les moyens de les distribuer. Une seule chose à faire : se serrer la pince et enterrer la hache de guerre en prenant conscience que le temps de la compétition était révolu et qu’il devait être remplacé par celui du partage et de la collaboration.

Dany Grosjean

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