Lettre à B.

(amour-haine déclaré à Bruxelles ?)

Sinistre pute,

Me revoilà. À arpenter ton corps désastreux. À couler désinvolte dans tes artères et tes boyaux encombrés de tout sauf de lumière. À respirer tes zones intimes. J’avais pourtant dit plus jamais. Non, plus jamais. Mais me revoilà. Au centre exact de la problématique que tu incarnes. Ça grouille toujours autant dans tes bistrots minables. Fureur et déraison. Violence et désamour. Orgie des sens alertés. Les attroupements au zinc. Les pompes qui crachent. Les bouches qui s’ouvrent pour recevoir – encore et encore. Les lèvres qui remuent pour dire et médire, pour commenter ce que tu es devenue. Crois-moi, il y a de la déraison en souterrain, au fond des verres et des impasses. C’est beau, nécessaire. Pour te retrouver, je suis reparti de rien, à zéro. De tout en bas, là où ça pue la bière et les propos inutiles. Je ne connais que ce chemin-là pour espérer accéder aux éblouissements. Une ascèse des temps urbains. Un érémitisme social. Aller au contact. Se frotter à la masse humide qui stagne au creux des bars. Se mêler à la multitude crasse qui t’habite.

Je te déteste, tu le sais. C’est ce qui rend notre amour possible. Cette incompréhension en vases communicants. Ça me pique au bout des doigts de te l’écrire. Ça me brûle la poitrine et les tripes de te le seriner. Neurones en fuite. Idées déconstruites. Je ne tiens pas en place. Ton plan est désorienté. Un pentagone. Ou alors s’agit-il d’un cœur ? Je change de bar pour recommencer les tournées générales, les petits trains et tous les derniers verres amers. Je suis bien incapable de t’échapper. Toujours les mêmes images, les mêmes souvenirs, les mêmes retours en arrière. Ta bouche collée sur la vitre. Tes formes qui m’invitent. À quel prix ? D’accord, je viens à toi. Imbibé, juste ce qu’il faut. Tu vois ce que je veux dire. Pour faire tomber les barrières. Je m’installe en toi. Ton odeur de sépulcre après l’acte – celui-ci et tous les autres, ceux qu’on a manqués, ceux qu’on a rêvés. Tu m’enveloppes jusqu’au matin. Quand le brouillard se lève, ton vrai visage refait surface. Tu émerges tout entière du tumulte et de l’écume. Tu sors de tes contradictions pour profiter du soleil. Parce que, toi et moi, on l’a appris au cours de toutes ces années : les beaux jours reviennent toujours, malgré tout. Question de cycle. Question de patience. Oui je te déteste. Et rien de tout ceci ne cessera tant que tu joueras à l’amoureuse transie.

 

Marc Meganck

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