Ma rencontre avec le Pape

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Dernièrement, lors d’un voyage d’affaires à Rome où je n’avais rien à faire, j’ai visité le Vatican à l’occasion d’une journée Portes Ouvertes.

Le hasard m’a fait arriver à l’heure du déjeuner à la table du pape François. Très gentiment, il m’invite à m’asseoir.

J’étais assez intimidé et je lance tout à trac un calembour aimable pour détendre l’atmosphère : « Même, dis-je, si on “Satan” à ces pompes et à ces œuvres, c’est un décor surprenant ! ».

Alors là, il me montre qu’il est chef, spirituel en diable, car il me répond du tac au tac : « C’est vrai, l’enfer ne vaut pas l’endroit… ».

À vrai dire, je me sentais un peu comme dans le négatif d’un combat de nègres dans un tunnel : serviettes blanches, service blanc (le service était vraiment divin), soutane blanche dernier Christ, nappe blanche, à tel point qu’il tâtonnait pour retrouver son cachet d’aspirine.

Je lui propose obligeamment une pilule, mais il se récrie : « Ah non, me dit-il, une dragée, je veux bien, mais une pilule, ça je ne conçois pas. »

Le menu était délicieux :

Spaghetti Basilique
Filet de Saint-Pierre aux Six Troncs

et comme dessert : quelques fruits de son pêcher.

Le tout arrosé d’un blanc de blanc et d’un Pape Clément mais Graves.

Même qu’au début du repas, il m’avait demandé : « Potage ou papotage ? »

Je lui ai finement répondu : « Papautez ».

C’est ce qu’il a fait : de tout et de rien, urbi et orbi comme il dit, car il n’évite pas toujours les Souverains Poncifs.

Il m’a parlé de sa chapelle no 16 qu’il est obligé d’appeler « Sixteen » à cause des Américains qui la lui restaurent, de ses problèmes d’argent : « Tenez, m’a-t-il dit, ma machine à l’ave, j’ai dû l’acheter à Credo ».

« J’en suis réduit à être un Pater austère ! »

Il m’a aussi parlé de ses ennuis avec la base, de ses vicaires lubriques, de ses prêtres à porter qui n’ont plus de mesure, de ceux qui font les clowns au lieu de faire l’épître.

Mais cela ne le décourageait pas : « Il faut, me disait-il, aller de l’Avent, ne pas se mettre au pieu et porter secours aux œcuméniquement faibles ».

Pour étendre sa « pie œuvre », ou, si vous préférez, son œuvre pie, il avait engagé des attachés de prêche, et des chargés de relations bibliques. Il avait même encouragé ses nonces par ces deux simples mots : « Hardi Légats ! »

« La vie sans bulles est nulle », m’a-t-il enfin confié.

À mon tour, je me suis risqué à une petite question : « Sainteté, lui ai-je demandé, quand on vous baise la mule, vous prenez-vous parfois le pied ? »

Je crois que je dois avoir fait une gaffe, ce n’est pas vraiment qu’il entre dans une Sainte-Rote, mais il fait la moue, il y ajoute un drôle d’« r » et il s’en va tiquant !

 

Hippolyte Wouters

www.wouters-theatre.com

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