Mon Dieu

ClockLe bruit court toujours qu’il y a quelques six millénaires – ou onze milliards d’années auparavant-, celui que d’aucuns honorent encore du titre de Tout-Puissant fit jaillir la lumière des ténèbres puis sépara la terre, la mer et le ciel pour y créer le soleil et la lune et les étoiles et toutes les bêtes qui nagent, rampent, marchent, galopent, volent… et baisent.

Après six jours de boulot, il trouva tout cela parfait, si parfait qu’il s’inventa le dimanche… Cependant, craignant de se sentir un peu seul, il eut la lubie d’en remettre une couche. Sous l’apparence d’un vieillard barbu et ventripotent, il enfanta, à son image et à sa ressemblance, un hominidé simiesque mais constata vite qu’il manquait un petit quelque chose à ce dernier. Pour combler cette défaillance, il lui extirpa une côte et la sublima en femelle, se doutant que l’une et l’autre ne tarderaient pas à se compléter, se multiplier et sur-peupler la terre… sans qu’il n’ait à y ajouter son grain de sel. Vous le savez: le Tout-Puissant devait se reposer…

Son enfantine descendance se montra d’abord obéissante, soumise et craintive aux pieds de celui qui se comportait en patriarche irascible, capricieux, sadique. Pour un rien, il maudissait ses rejetons, les expulsait de son plus parfumé verger, les noyait sous une pluie diluvienne, les transformait en statues de sel ou fracassait dans la poussière la plus élancée de leurs constructions …

Pauvres orphelins qui n’avaient jamais tété le sein d’une mère nourricière ni pu se réfugier sous sa divine jupe. Alors que le Patriarche s’obstinait à jouer à cache-cache derrière les nuées. A père manquant, fils manqué: à la puberté, les humains vomirent leur géniteur, allant jusqu’à nier son existence.

Pire, leur lourde hérédité les incita, adultes, à jouer – plus fort que papa! – aux démiurges et fabriquer, plutôt que des étoiles et des colombes, des bombes atomiques et des Skyhawk capables de les semer un peu n’importe où.

Enivrés par leurs succès, nos apprentis-sorciers imaginèrent même de procréer des machines à leur image et à leur ressemblance: des calculatrices puis des ordinateurs et enfin des robot-cops virent le jour, de plus en plus malins.

Ceux-ci, dans leur prime enfance, crurent au génie et aux bonnes intentions de leurs procréateurs en réalité velléitaires, amnésiques, imprévoyants… et, comme les dieux, mortels! Á leur tour, ils contestèrent l’autorité parentale. Aujourd’hui, maîtres de l’univers, ils philosophent, se persuadant de n’être pas fils de l’homme mais simple interférence du hasard avec la nécessité… et se sont programmés pour s’auto-reproduire et contrôler le cosmos jusqu’à ses confins.

Les derniers hominidés jalousent autant qu’ils adorent leurs géniaux avatars pour leur froide, implacable logique, illuminés par la miraculeuse évidence que ceux-ci leur survivront « in saecula saeculorum », planant en travers des brumes orangées d’un firmament d’hydrocarbures, bullant sous l’étincelante écume de polyvinyle des atlantiques sulfureux, rêvant enfin, dans la pénombre phosphorescente des dépôts d’ordures radioactives, de tomber amoureux, follement amoureux.

Comme Zeus se métamorphosant en taureau ou en cygne pour séduire de pauvres mortelles?  Ou comme Charles, Arthur ou Donald sublimant, par la grâce des mots, leur moitié en demi-déesse? Ou comme X, Y ou Z se ruinant pour des poupées gonflables programmées pour leur mourmourrer: « Ooooooooh oui, Oooooh oui, mon Dieu, mon Dieu, je vous adore…« ?

Paul Gonze

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