Mon paradis en Isère

Un méandre d’Isère en guise de décor,

Adossé au coteau, faisant face au Vercors,

Le voici donc, l’endroit où j’ai posé bagage,

Moi, le fou citadin, le voici, ce village

Où j’ai repris racine à l’ombre des noyers,

La voilà, la maison où j’ai trouvé foyer !

J’ai caressé ses murs aujourd’hui séculaires

Et j’ai aimé son look un peu patibulaire :

Habillé de rocher, de tuf et de silex,

De tuiles recoiffé, jusque sur les annexes,

Ce vieux bâtiment très largement domine

Le glouglou du Furan qui, tout en bas, chemine,

Apportant ce bruit d’eau qui fait couler le temps

Et qui me fait penser que l’âge va, chuintant…

Dès mon premier regard, j’ai eu le coup de foudre ;

Je voulais ce logis, dussé-je en découdre

Avec ces vieux amis qui m’avaient invité

Un beau jour de juillet à y passer l’été…

J’ai été patient ; aussi, j’ai pris de l’âge :

J’avais le sentiment de faire un héritage

Le jour où j’ai acquis ce coin de paradis :

J’avais réalisé ce qui m’était prédit !

La maison où j’allais survivre, puis renaître,

Oui, m’en voilà enfin le possesseur, le maître !

Le passé, depuis lors, se mélange au présent

Et tous mes souvenirs sont si passionnants,

Si pleins, si imagés, si extraordinaires

Que je n’arrive plus à crier ou me taire…

J’habite aux Econdues et je vous y attends :

Venez voir ce pays où tout est épatant !

Venez donc partager le choc de mon empire

Et affronter le mieux si vous craignez le pire !

Humez la brume bleue sur les Monts du Matin !

Regardez la chaleur qui installe son tain

Sur la chape de plomb des moissons qu’on entasse

Dans ces fagots tout ronds que le tracteur déplace !

Regardez le brouillard effacer le décor,

Étendre son crachin par-dessus le Vercors

Et donner sa fraîcheur à ces matins d’octobre !

Admirez ce ciel gris, plombé comme l’opprobre

Et ces premiers flocons qui fondent sur les champs,

Au repos, dans l’hiver qui peut être éprouvant…

Et janvier, février où la neige des Alpes,

D’une gomme de blanc, couvre les pins et scalpe

Les toits de  nos maisons où quelques cheminées

Inscrivent au ciel un trait empanaché…

Revenez au printemps quand le sol se réveille,

Quand la terre glacée explose de merveilles,

Jonquilles d’un seul jour, pivoines de beauté,

Iris d’un bleu profond, tout n’est que cruauté

Tant la perfection de ces fleurs éphémères

Nous ramène à nous et à nos brèves chimères…

Les cigales de juin, c’est le temps du nectar

Et de ce vin de noix pour soixante-huitards

Qu’on met à reposer dans de solides fiasques

Et qui, l’hiver venu, nous rendra si fantasques !

Un été de Provence, un hiver glacial,

Voilà donc ce climat moitié monacal,

Moitié bikini où j’ai trouvé ma place

Et où me réjouit chacun des jours qui passent…

Venez donc dans l’abri que j’habite aujourd’hui

Et vous saurez enfin comment chasser l’ennui !

En plein cœur de l’hiver ou sous la canicule,

Petit matin brumeux ou flambant crépuscule,

Je ne peux pas choisir la meilleure saison

Car c’est par tous les temps qu’elle vit, ma maison…

Dodane

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