Non, non, non !

 La femme n’est pas l’égale de l’homme !Clock

Le 8 mars prochain, on célèbre partout la «Journée de la femme». C’est devenu la caractéristique du monde moderne. Chacun a droit à sa «journée». Et l’avenir en ce domaine s’annonce radieux, vu le nombre de sujets à mettre en exergue. Au fond, à quand la journée du pénis ou celle de la perruche ondulée ?

L’objectif de ces vingt-quatre heures arrachées à l’écoulement du temps est évidemment de mettre en valeur les immenses qualités féminines tout en relevant les injustices dont notre compagne est victime depuis l’invention du système solaire. Et la pire des calamités s’impose comme la pyramide de Chéops sur le fond du ciel bleu à Gizeh : malgré les progrès de l’ethnologie, de la sociologie, de la philosophie, de la psychologie, de la généalogie et de la médecine, en ce début du XXIe siècle, la femme n’est pas encore l’égale de l’homme. Non, Monsieur, en vous somnole invariablement le monstre du machisme ! Vous avez beau passer des nuits blanches à plancher sur le sujet et vous déguiser en drag queen, il y a toujours quelque chose qui vous échappe et qui tient à de très mauvaises habitudes prises au début du néolithique. Si la femme est discriminée, c’est en partie parce que le mâle est in-dé-crottable.

C’est donc à pas de loup que je me permets les observations suivantes :

  1. Prenez un aréopage d’hommes en pleine vigueur, composé à égalité d’hétérosexuels intégristes et d’homosexuels fanatiques. Faites défiler toute nue devant eux Miss Univers. Eh bien ! l’avis général (peut-être pour des raisons légèrement distinctes) sera que la femme n’est pas l’égale de l’homme. On peut d’ailleurs faire la même expérience, avec un résultat identique, en intervertissant les rôles.
  2. Allez dans une maternité prise au hasard. Vous constaterez aussitôt que le nombre de patientes y est infiniment supérieur au nombre d’(im)patients.
  3. Dans une compétition sportive, pourquoi d’étranges discriminations ? Pourquoi Serena Williams ne peut-elle jouer la finale de Roland-Garros contre Novak Djokovic ? Poser la question, c’est apparemment y répondre.

Voyons, mon cher Trazegnies, vous n’y comprenez rien ! Vous vous croyez malin en enfonçant des portes ouvertes. Nous savons toutes que l’humanité est divisée en deux sexes (sans compter les sexes bissextiles). Ce que nous voulons, nous autres femmes, c’est d’avoir avec les hommes une égalité de droits, parce que, sur les plans juridique et civique, nous devons être totalement égales.

Certes, certes, mais ce qui est dit ci-dessus montre que les femmes ont une minime différence de vécu, de par leur constitution physique. Cela leur donne nécessairement des responsabilités particulières et donc de menues différences dans les droits et devoirs. Le congé de paternité (toujours douteuse) risque d’être éternellement moins long que celui de maternité.

A cela s’ajoutent de très curieuses contradictions dans le mouvement féministe :

  1. Au moment précis où les femmes réclament une parfaite égalité, certaines exigent une torture de la grammaire pour que personne ne puisse faire la confusion entre une auteure et un auteur, une gouverneure et un gouverneur, une écrivaine et un écrivain, etc. Seules échappent au massacre les avocates et, en Belgique, les autorités communales où l’on n’ose parler de «maîtresse» et de «bourgmestresse» afin de ne pas réveiller des aspects glauques du subconscient masculin.
  2. Lors des discussions à propos de la transmission du nom de famille, on n’a même pas hésité devant un pléonasme assorti d’hérésie étymologique en se référant au «nom patronymique» qui désormais pourrait être transmis par les femmes (sic).

Ceci dit, plus personne ne s’oppose désormais – et à juste titre – à ce que les femmes puissent devenir ingénieur (ou ingénieuse ?), chauffeur (chauffeuse ?) de poids lourd, astronaute, générale, éboueur (éboueuse ?), barbouze, prêtresse, évêchesse (brrr…), Première ministre, roi (dans ce cas, on l’appelle «reine» et son mari, par une injustice qui blesse l’égalité et que doivent en outre subir ceux qui se vautrent dans les jeux de mots : «prince consort» ), etc.

Il reste quand même un étage privilégié auquel nulle femme ne pourra accéder : nous n’aurons jamais de femme eunuque. Na !

Est-ce pour cette unique exception qu’il faut encore organiser une «journée de la femme» ?

 

Olivier de Trazegnies

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