On va voir

Il trépignait : « Nous sommes en guerre !», ils trépignaient tous : « Nous sommes en guerre ! » et on entendait un lointain « Enfin ! » résonner, que personne ne voulut nommer.

L’exécration remplissait le cœur de braves gens et on allait enfin pouvoir se lâcher, « On était en guerre et on allait voir ce qu’on allait voir ! ».

Et on vit …des militaires embusqués dans les sapins de Noël qui avaient survécu au déni des fêtes anciennes, des soldats planqués dans les riches poubelles des écoles, des vigiles armés jouer le Clown Mac Donald sur les parvis des enseignes, des Saint-Nicolas ceinturés de grenades et des Père Fouettard kalach à l’épaule, la rue de la Loi entre barbelés et mines anti-personnel, certaines communes sensibles entourées de Check Points et le Piétonnier de la Bourse transformé en stand de tir citoyen…

On allait voir…

Les mosquées, les synagogues et les églises furent démontées pierre par pierre et reconstruites en sous-sol sous contrôle permanent, les catacombes étaient suréquipées de tourelles et de drones.

On pratiqua la circoncision de Manneken Pis en grandes pompes nationales, Godefroid de Bouillon fut dévissé de son piédestal de la Place Royale et remplacé par une Marianne aux seins voilés sculptée en moules d’Ostende par l’écailler Yan Fabre, Magritte fut revisité en « Ceci n’est pas un calumet » en lieu et place de pipe.

On vit ce qu’on vit, et on n’avait pas tout vu !

Daniel Simon

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