Petit dialogue entre Bart De Wever et Elio Di Rupo

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Dialogue imaginé en 2010 lors des négociations gouvernementales, et qui garde, sans doute, son actualité.

                                      De Wever

Vous êtes enfin là, Monseigneur Di Rupo.

Nous avons trop longtemps tourné autour du pot,

Et je voulais vous dire avec cette franchise

Qui j’espère entre nous sera toujours de mise :

« Ik ben het beu », pardon, que j’en ai plus qu’assez

De ce que le public appelle pourparlers.

Peut-être pour parler, surtout pour ne rien dire !

C’est pour cela bien sûr que l’on s’est fait élire.

Mais comme ce jour d’hui j’ai les cartes en main,

Je m’en vais de la Flandre assurer le destin !

                                      Di Rupo

Désolé, cher ami, de n’être là plus tôt,

Mais je suis chaque jour et par Mons et par vaux

Car je dois visiter les communes sudistes

Pour calmer l’appétit des élus socialistes.

Mais enfin vous voilà, cher sieur De Wever :

Ce m’est un vrai bonheur d’enfin croiser le fer

Avec vous, que j’estime… être un homme de poids,

Intelligent, ouvert, empli de bonne foi !

                                      De Wever

N’en jetez plus, Seigneur, vos flatteuses paroles

Ne me feront jamais renoncer à mon rôle.

Vous êtes don Quichotte et « sang chaud » à la fois ;

Seul le nom de « pansa » paraît digne de moi.

Certains aimeraient bien voir nos questions tranchées :

J’aime mieux pour ma part les réduire en purée.

Certains souhaiteraient sans retard la scission ;

Moi, j’y arriverai par des non-décisions

Et j’ai hâte d’agir en prenant tout mon temps.

Il est urgent, je crois, d’y aller lentement

Et c’est bien volontiers que je vous le confie,

Ce projet « enflammant » est le but de ma vie.

                                      Di Rupo

« Enflammant », en-flammant ! Vous vous croyez Néron ?

Assez discutaillé ! Soyons clairs, soyons bons.

Je n’ai pas l’intention de me laisser mener

Par vos petits calculs ni par le bout du nez !

Donnez votre liquide ou l’on vous coupe l’eau !

                                      De Wever

Ah ! Je vous vois venir avec vos gros sabots,

Et votre eau, vous pouvez vous la mettre où je pense :

Nous la ferons venir directement de France ;

Quant à notre liquide, on le garde pour nous

Au lieu de le verser à vos élus ripoux !

                                      Di Rupo

Vous êtes fort léger malgré les apparences !

                                      De Wever

Et vous assez petit malgré votre prestance !

                                      Di Rupo

Vous oubliez, mon cher, un problème central :

Bruxelles, qu’en fait-on ? C’est un point capital !

                                      De Wever

Bruxelles est flamand !

                                      Di Rupo

Et les gens francophones !

                                      De Wever

On n’y rencontre plus grand nombre d’autochtones :

Le Maghreb d’une part, et l’Europe de l’autre

Ont fait que la cité n’est plus vraiment la nôtre.

                                      Di Rupo

La nôtre, dites-vous ? Cela nous prouve bien

Qu’on se sent malgré tout encor concitoyens !

Nous venons à la côte et vous dans nos vallons ;

Ou que l’on soit flamand ou que l’on soit wallon,

Sans parler l’autre langue on a comme un langage

Qui nous est tous commun, et il serait dommage

Que quand Justine ou Kim ou Gilbert ou Borlée

Remportent à l’envi de superbes trophées,

On perde les moyens d’éprouver du plaisir

En divisant par deux l’occasion d’en jouir !

                                      De Wever

Assez de ce discours ! Arrêtez s’il vous plaît,

Je sens que vous allez me donner des regrets.

 

P.S. : Ce dialogue n’engage que la responsabilité de ceux qui sont censés l’avoir tenu…

 

Hippolyte Wouters

www.wouters-theatre.com

 

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