Sel de ménage

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Une cuisine.

LUI : Salamis, salsifis, ça suffit !  Tu plastronnes, tu patronnes, tu me questionnes, mais tu me les gonfles !

ELLE : Tu t’innerves, tu t’innerves, mais t’es pas sûr de tes godasses, t’es pas sûr de tes genoux, t’es pas sûr de…

LUI : C’est ça, vas-y, continue, remonte jusqu’au nœud de l’affaire !

ELLE : Nœud de l’affaire, affaire de noix, ma mère l’avait toujours dit, toujours prédit, toujours sous-entendi !

LUI : Toujours malentendu !  T’as toujours tout mal entendu !  T’es toute tendue !

ELLE : Et toi, tout tenté !

LUI : Tout tenté par quoi, par qui, par cul ?

ELLE : Ah, voilà, tu te trahis !  Traï, traï, traï !  Trois, c’est trop !

LUI : Qui parle de trois ?  Toi.

ELLE : Tu parles pas, mais tu baves, tu bègues, tu béguin !

LUI : Et toi, tu béguines, tu baragouines, tu m’embrigades d’un reproche non fondationné !

ELLE : On dit « non fondé » !  C’est pas parce que t’es innervé à bloc que tu dois en plus balancer la langue par-dessus le palais !

LUI : Je balance rien du tout, je bulle, je boule, je m’emballe parce que tu n’en démords pas, tu grondes et tu t’accroches comme un chien au facteur, comme un chat à l’aspirateur, comme un chou au flâneur !

ELLE : Le flâneur, c’est toi ; le chou, c’est elle !  Misérable, magne ton râble à t’excuser, sinon je sors la grosse artillerie, les canons de quatorze, les obus de quarante !

LUI : Il y a longtemps que t’as plus quarante balais, balaie un peu devant ta porte au lieu d’enfoncer la mienne !

ELLE : C’est toi qui t’enfonces !  Tu t’enfonces dans cette grognasse, dans sa bavasse, dans sa mélasse, mais je vais te massacrer !

LUI : Des menaces, des menaces, plein ta besace !

ELLE : Tu verras, vieux verrat !

LUI : Verrai quoi, vieille truie trouducutante mais plus du tout tentante ?

ELLE : Tu verras ton heure dernière, malheureux derrière, pauvre con !

LUI : Le pauvre con, c’est toi, si tu as un minimum de logistique !

ELLE : Justement, la voilà, la carabine de papa !  (Elle se saisit de l’arme, qui se trouve soit au mur, sous un portrait de son père, soit dans le tiroir à couverts.)  Tu vas rendre gorge, vilain rouge-gorge à te faire les gorges chaudes sur la première fadasse venue, la première pétasse ventrue !

LUI : Ne touche pas, c’est dangereux, ça pourrait te péter à la gueule, te brûler la cerveule, le cervelas tout raplapla de tes platitudes, de tes pâles études de la fidélité masculine à la finalité assassine !

ELLE : Tu parles comme un agrégé, pauvre agrégat, pauvre gaga, pauvre garçon, mais de ta garçonnière j’en ai plein la moutardière !  (Elle tire.  Il s’effondre.  Un temps.)  Dégommé, bien fait pour tes pommes !

 

  Jean-François Saudoyez

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