Si sexe, haine, seule

Assise, lascive, sur le siège de son sexshop,  cette professionnelle de la luxure expose sa silhouette sexy sans s’exaspérer des accès d’excitation des passants qui la fixent.

L’essentiel est de susciter le désir de façon aussi exaltée chez l’adolescent sans expérience que chez le sexagénaire à la sexualité exacerbée, sans savoir s’ils sont sans le sou et si elle ne constituera qu’un vice inaccessible pour ces soupirants exsangues.

En consciencieuse stakhanoviste du X, elle exhibe successivement ses seins exquis, ses appétissantes cuisses, ses fesses sensuelles, susurrant sans se lasser les exploits subversifs qu’elle suggère d’essayer aux âmes sensibles auprès de qui elle suspecte d’avoir du succès. Discussions suaves. Expressions sensorielles. Mais sensations exclusivement salariées si affinités. C’est le seul sel qu’elle suce de cette si exaltante expérience à sens unique.

Jadis son innocence, son insouciance ont fait basculer son existence dans l’indécence. S’en est suivi ce cercle vicieux  de la prostitution: si elle souhaite sincèrement s’en extirper – les excès nuisent, et la nuisette l’excède- , elle a inexorablement besoin de cette situation sans issue pour subsister, se sustenter et…  s’en extraire.

Aussi poursuit-elle sa mission de service sous X, à savoir satisfaire, sous le sceau du secret, les insatiables exigences et les fantasmes financés de ses incessants ex avec le souci de masquer si possible son extrême solitude, ses espoirs occis et son destin en suspens.

Cédric Lefebvre

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