Le jour des morts

« Il y a eu un défunt dans votre famille cette année ? »

La question pouvait sembler saugrenue mais pas dans une église, le soir de la célébration des morts, posée par mon voisin de rangée, un homme d’un certain âge qui était arrivé après moi. Sa femme m’avait dissuadée, d’un regard peu engageant, de m’asseoir à la place qu’elle avait gardée pour lui et j’avais pris le siège à côté.

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Le bortch ou le barszcz ?

FB

J’avais deux amis, Jurek et Julek. Tout les séparait : la mère de Jurek était russe et son père polonais : pour Julek, c’était l’inverse, son père était russe et sa mère, polonaise.

D’incroyables pérégrinations familiales avaient précédé leur installation à Bruxelles. Jurek avait quitté clandestinement la Pologne à dix-huit ans et après de plus ou moins longs séjours en Autriche, en Suisse et à Paris où il avait mené de brillantes études, il s’était établi à Bruxelles et y avait fait fortune. Julek était né au Congo belge, des amours illicites d’une Polonaise intrépide qui avait fui l’arrivée des troupes allemandes en 39, et d’un planteur de thé russe dont la famille s’était installée dans la région des Grands Lacs  après la révolution d’Octobre.

Jurek habitait une splendide maison d’architecte dans les beaux quartiers et partageait une demi-Porsche avec un ami. Julek réalisait des documentaires pour la télévision nationale et délaissait volontiers son minuscule pied-à-terre au bord de la forêt dès qu’une se ses maîtresses lui offrait l’hospitalité à court ou moyen terme. Ils avaient vingt mois de différence et mesuraient tous les deux un mètre septante-huit (bien que Jurek prétendît qu’il mesurait un mètre quatre-vingts).

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