Un chat dans la gorge

Ce matin, au réveil, j’ai eu la désagréable surprise de découvrir que je ne pouvais plus parler. Aucun son ne me sortait de la bouche. En essayant d’avaler ma salive, j’ai senti une boule coincée dans la gorge. C’est à cet instant précis que j’ai remarqué que le chat avait disparu… Un doute affreux m’assaillit soudain. S’était-il faufilé dans mon gosier pendant mon sommeil ? Etait-il resté coincé ?

– Minou, minou… Minou où es-tu ? m’entendis-je penser très fort.

– Miaou, miaou, répondit le matou du fond de ma gorge. Je suis là, et bien malin qui m’attrapera…

– Mais bandit de matou, ce n’est pas ta place. Tu vas mourir étouffé !

– Pas du tout, miaou, miaou… Je suis bien ici. Je peux attraper toutes tes paroles avant que tu ne les fasses sortir de toi. Tant que je suis là, tu ne diras plus de bêtises. Et entre nous, si je reste ici, c’est toi qui risques de mourir étouffée…

– Mais que nenni, matou maudit. Je ne veux pas mourir, et encore moins par ta faute!

– Si tu ne veux pas mourir il faut que tu me fasses une promesse.

– Une promesse ? Comme tu y vas ! Sors de là, et tout de suite.

– Je veux que tu me promettes de ne jamais plus te plaindre.

– Me plaindre ? Mais jamais je ne me plains !

– Et quand tu dis que la vie est dure ? Que les gens sont idiots ? Que tu en as marre ? Que tu ne supportes-plus Untel ou telle situation ? Que le temps est pourri ? Qu’il pleut ou qu’il fait trop chaud ? Que tu aimerais que le monde soit différent ? Et tout cela sans bouger, sans changer…

– Mais ce ne sont pas des plaintes ! Ce n’est que la réalité !

– Non, ce n’est pas la réalité. Ce n’est qu’un point de vue passager sur ce que tu crois être la réalité.

– Mais qu’est-ce que tu racontes, mangeur de souris ?

– Je ne fais que dire la vérité.

– Vérité… Réalité… Que de beaux discours !

– Et je pourrais t’en faire d’autres de beaux discours, sur la sincérité, l’honnêteté ou l’authenticité…

– Oh non ! Pas maintenant ! Je ne suis pas encore réveillée. Disons que je t’écoute et que je te promets de faire un effort.

– Un effort ne suffira pas. Il faut vraiment que tu t’investisses dans ta promesse.

– Comme je vois, tu ne me lâcheras pas à si bon compte… Alors promis, je vais arrêter de me plaindre.

– Ouf, il commençait à faire chaud là-dedans … Tousse très fort, que je puisse sortir de là.

Keuf, keuf, keuf… Quel soulagement de pouvoir se débarrasser d’un chat-touillis dans la gorge, en toussant un bon coup !

 

Dany Grosjean

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