Vendredi treize

Clock

Ma maman m’a raté. Ou, plus précisément, elle a raté ma sortie.

Je m’explique.

Mon grand-père, Jean-Baptiste, est né un vendredi 13 de je ne sais plus quel mois en 1876. Et mon père, Charles, est né le vendredi 13 septembre 1901. Une tradition familiale prenait forme.

Conscient de l’enjeu, mon père, sans se soucier du fait qu’Hitler venait d’envahir l’Autriche et que Léon Blum démissionnait en France, entreprit consciencieusement d’ensemencer ma mère le 5 avril 1938, soit exactement 270 jours avant le prochain vendredi 13 du calendrier grégorien. Dans les bonnes familles, les événements se planifient.

Bien au chaud dans le ventre maternel, je me préparais par conséquent, en tant que premier né, à être à la hauteur de ces circonstances exceptionnelles. Hélas, le vendredi 13 janvier 1939, sans doute bouleversée par la chute de Taragone en Espagne, ma mère avait la tête et l’utérus ailleurs. Et c’est donc sans flonflons que je naquis banalement un lundi 16, avec trois jours de retard.

D’autant plus banalement qu’à 5.000 kilomètres plus à l’ouest naissait ce même 16 janvier, dans un obscur magazine, un autre garnement qui allait par la suite me voler le peu de gloire que je m’estimais encore due : un certain Superman.

On ne lutte pas contre son destin.

Jean Van Hamme

 

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