La tasse

Ca claque. Dans l’instant suivant, ça crépite. De façon incongrue et totalement inattendue, je me gorge d’un liquide étrange venant refroidir le café qu’il est dans mon devoir de tenir au chaud.

Dans le même instant je fus précipitée à terre. A mes côtés, se mêlant au rouge d’un flux inconnu, mon contenu se répand. Assourdie de cris de douleur, de peurs mariées à la terreur, je vois avec stupeur ma consœur brisée à mes côtés. Ma voisine d’étagère, si douce dans sa couleur bleu pâle. Nous nous retrouvions souvent, côte à côte, sur une table du café Bonne Bière. Déposées sur le marbre rond, encore pleines ou vidées à la hâte, nous en avons vu des baisers et des regards tendres. Il y a si peu, sans doute à peine une minute, que j’ai vu Milko et Elif s’échanger un sourire complice, les yeux pleins d’étoiles. Ils sont encore là, à mes côtés, mais leurs corps ont perdu toute légèreté. Dans une dernière étreinte, ils forment une masse éteinte.

Un silence lourd d’odeurs étranges étouffe le rayonnement de la ville. D’un pas hésitant des corps debout s’approchent de moi. Se penchent. Touchent les corps désarticulés. Ils tremblent, murmurent des mots atterrés. Un homme à lunettes pose une main sur le dos d’une femme en larmes, accroupie devant l’inertie. Ses mots : “Ils sont morts” brisent la torpeur de l’horreur.

Moi, vierge de tout éclat, j’ai échappé au massacre.

Ma vie continuera. Je retrouverai une place sur l’étagère.

Plus jamais la vie ne sera comme avant.

Mais plus qu’avant, j’offrirai le meilleur de moi-même aux sourires et à l’amour.

 

Diane Drory

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